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George Orwell au présent : L'Invité(e) des Matins [enregistrement sonore musical] / Guillaume Erner, Intervieweur ; Richard Blair, Personne interviewée ; Jean-Jacques Rosat, Personne interviewée . - Radio France, 04/10/2019 . - 1 page web (consulté le 07/10/2019) ; 43 min.
Langues : Français (fre)
Catégories : 323.21 Militantisme Participation Engagement Agentivité
82-31 Romans
82-4 Essais (littérature)
929 Orwell, George (1903-1950)
Résumé : Lucide, visionnaire, libre penseur... Les dystopies de l'auteur de "1984" résonnent avec une étrange familiarité. La pensée de George Orwell est-elle plus actuelle que jamais ?

Espionnage de masse, "novlangue", "double pensée", rapport distendu à la vérité... Autant de thèmes et de questionnements présents dans l'œuvre de George Orwell qui frappent par leur actualité. Comment la pensée d'Orwell peut-elle encore éclairer notre présent ? Quel héritage pour l'œuvre de l'écrivain britannique ?

Les Matins de France Culture reçoivent Richard Blair, fils de George Orwell, administrateur de la Fondation Orwell, à l’occasion de la publication du livre “Dans la tête d'Orwell. La vérité sur l’auteur de 1984” de Christopher Hitchens (Éditions Saint-Simon).

Il sera rejoint par Jean-Jacques Rosat, philosophe et éditeur, auteur notamment de “Chroniques orwelliennes” (éditions du Collège de France).
Extraits de l'émission

Richard Blair : "Mon père, George Orwell, voulait comprendre ce que ça signifiait de n’avoir rien, de vivre dans le ruisseau, de vivre tout en bas de la société. A Paris, il est devenu plongeur dans un grand hôtel de Paris, mais nous ne savons pas duquel il s’agit. Il n’a pas voulu aller demander de l’argent à sa tante. Il voulait vraiment savoir ce que ça faisait d’être un clochard à Paris."

"Mon père était absolument dévoué à mon égard. Quand Eileen est morte, il s’occupait véritablement de moi, c’était rare à cette époque-là. Il me nourrissait, il me changeait, il me faisait prendre mon bain : la plupart des pères ne faisaient pas ça à l’époque."

"La plupart des gens ne comprennent pas le rôle qu’a joué Eileen ma mère, dans la vie de mon père George Orwell. En fin de journée, elle discutait avec lui de ce qu’il avait écrit dans la journée, elle lui faisait des suggestions, elle l’aidait. Tristement, « La Ferme des animaux » a été publié après la mort de ma mère, elle n’a jamais vu le succès de ce livre."

"Beaucoup de gens semblent penser que parce qu’il a écrit en 1948, il a inversé le millésime de l’année, pour arriver à « 1984 ». Personnellement je pense, que ça n’était pas ce qu’il avait à l’esprit. Il y a de nombreuses années, sa femme Eileen avait écrit un poème appelé 1984 : je pense que c’était un hommage à sa mémoire."

"Quand il était à l’école, c’était un lecteur vorace, il lisait tout ce qui passait entre ses mains. Ça lui a surement donné les bases de la construction de son esprit vif. Quand il est parti en Birmanie, il a découvert les mensonges racontés au nom du colonialisme. Il a haï ce qu’il a vu."
En ligne : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/george-orwell-au-prese [...]
Format de la ressource électronique : Présentation et écoute
Permalink : https://newbibli.territoires-memoire.be/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_displa

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Titre : George Orwell au présent : L'Invité(e) des Matins
Type de document : enregistrement sonore musical
Auteurs : Guillaume Erner, Intervieweur ; Richard Blair, Personne interviewée ; Jean-Jacques Rosat, Personne interviewée
Editeur : Radio France
Année de publication : 04/10/2019
Importance : 1 page web (consulté le 07/10/2019)
Format : 43 min.
Langues : Français (fre)
Catégories : 323.21 Militantisme Participation Engagement Agentivité
82-31 Romans
82-4 Essais (littérature)
929 Orwell, George (1903-1950)
Résumé : Lucide, visionnaire, libre penseur... Les dystopies de l'auteur de "1984" résonnent avec une étrange familiarité. La pensée de George Orwell est-elle plus actuelle que jamais ?

Espionnage de masse, "novlangue", "double pensée", rapport distendu à la vérité... Autant de thèmes et de questionnements présents dans l'œuvre de George Orwell qui frappent par leur actualité. Comment la pensée d'Orwell peut-elle encore éclairer notre présent ? Quel héritage pour l'œuvre de l'écrivain britannique ?

Les Matins de France Culture reçoivent Richard Blair, fils de George Orwell, administrateur de la Fondation Orwell, à l’occasion de la publication du livre “Dans la tête d'Orwell. La vérité sur l’auteur de 1984” de Christopher Hitchens (Éditions Saint-Simon).

Il sera rejoint par Jean-Jacques Rosat, philosophe et éditeur, auteur notamment de “Chroniques orwelliennes” (éditions du Collège de France).
Extraits de l'émission

Richard Blair : "Mon père, George Orwell, voulait comprendre ce que ça signifiait de n’avoir rien, de vivre dans le ruisseau, de vivre tout en bas de la société. A Paris, il est devenu plongeur dans un grand hôtel de Paris, mais nous ne savons pas duquel il s’agit. Il n’a pas voulu aller demander de l’argent à sa tante. Il voulait vraiment savoir ce que ça faisait d’être un clochard à Paris."

"Mon père était absolument dévoué à mon égard. Quand Eileen est morte, il s’occupait véritablement de moi, c’était rare à cette époque-là. Il me nourrissait, il me changeait, il me faisait prendre mon bain : la plupart des pères ne faisaient pas ça à l’époque."

"La plupart des gens ne comprennent pas le rôle qu’a joué Eileen ma mère, dans la vie de mon père George Orwell. En fin de journée, elle discutait avec lui de ce qu’il avait écrit dans la journée, elle lui faisait des suggestions, elle l’aidait. Tristement, « La Ferme des animaux » a été publié après la mort de ma mère, elle n’a jamais vu le succès de ce livre."

"Beaucoup de gens semblent penser que parce qu’il a écrit en 1948, il a inversé le millésime de l’année, pour arriver à « 1984 ». Personnellement je pense, que ça n’était pas ce qu’il avait à l’esprit. Il y a de nombreuses années, sa femme Eileen avait écrit un poème appelé 1984 : je pense que c’était un hommage à sa mémoire."

"Quand il était à l’école, c’était un lecteur vorace, il lisait tout ce qui passait entre ses mains. Ça lui a surement donné les bases de la construction de son esprit vif. Quand il est parti en Birmanie, il a découvert les mensonges racontés au nom du colonialisme. Il a haï ce qu’il a vu."
En ligne : https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/george-orwell-au-prese [...]
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détailBulletin: texte imprimé 45 - Orwell, entre littérature et politique (Bulletin de Agone, 45 [15/04/2011])   Présentation   Bulletin en pdf
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45 - Orwell, entre littérature et politique [texte imprimé] / Olivier Esteves, Directeur de publication ; Jean-Jacques Rosat, Directeur de publication . - 2011 . - 1 vol. (211 p.) ; 21 cm.
Langues : Français (fre)
Catégories : 0(082) Critique / extrait document / citations
329.14(091) Histoire des partis de gauche, du socialisme
929 Orwell, George (1903-1950)
Index. décimale : 929 Biographies
Résumé : Numéro issu du premier colloque consacré à George Orwell en France, à l’université de Lille III, en mars 2010 : « Orwell, une conscience politique du XXe siècle ».

Orwell n’a peut-être pas été ce prophète que d’aucuns aimeraient voir en lui, mais sa critique de la gauche offre toujours une base à partir de laquelle repenser la crise des gauches contemporaines. L’honnêteté sans faille de cette critique, la haine de tout ce qui prend l’apparence du politique en éludant les vraies questions ne nécessitent qu’un léger ajustement aujourd’hui.
Ce qui mérite d’être ravivé, dans ce monde mielleux de tolérance, de réforme modeste et de gauche « propre sur elle », c’est la colère qu’Orwell puisait dans sa haine de l’indécence. La disparition des pauvres et des parias du discours politique montre que la gauche, au bout du compte, accepte les distinctions de classe. Il nous faut réapprendre auprès d’Orwell cette décence qui naît de la colère : son indignation face à l’état du monde, mais également face aux excès des intellectuels de gauche, qui, à bien des égards, ont l’indécence d’ignorer le « peuple » et ses contradictions.
Note de contenu : SOMMAIRE

Orwell le moderniste, Patricia Rae
Comme John Rodden nous l’a rappelé dans un livre novateur publié en 1989 sur la réputation de George Orwell, quantité d’étiquettes lui ont été appliquées : « La Voix de la Vérité », « le Rebelle », « l’Homme ordinaire », « le Prophète », « l’Homme vertueux », ou encore « le Saint ». Les critiques en ont ajouté une myriade d’autres, souvent contradictoires en apparence : le Socialiste, le Libéral, le Conservateur, l’Anarchiste Tory. Dans cet article, je me propose d’ajouter à cette liste une épithète qui pourrait même réconcilier certaines de ces appellations contradictoires : le Moderniste. Selon moi, Orwell a sa place aux côtés d’auteurs comme Joseph Conrad, James Joyce, T.S. Eliot, T.E. Hulme et Ezra Pound, qui sont autant de figures canoniques du modernisme littéraire anglo-américain.

Ni anarchiste ni tory. Orwell et « la révolte intellectuelle », Jean-Jacques Rosat
Qu’est-ce qui a détourné Orwell de l’anticonformisme de droite d’un Swift ou d’un Waugh, un destin politique qui était particulièrement probable étant donné ses origines sociales, son éducation, et ce qu’il était à dix-huit ans ? (On se souvient du portrait qu’il a rétrospectivement tracé de lui-même : « À dix-sept, dix-huit ans, j’étais à la fois un petit snob poseur et un révolutionnaire. Je n’hésitais pas à me parer de la qualité de “socialiste”, mais il m’était toujours impossible de me représenter les ouvriers comme des êtres humains. J’ai l’impression d’avoir passé une moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste, et l’autre moitié à pester contre les receveurs d’autobus. »)
À mon avis, trois choses au moins l’ont détourné de cette trajectoire : (1) un ensemble de sentiments moraux et sociaux égalitaires, profondément enracinés dans sa propre expérience ; (2) un rapport politique, et non intellectuel ou théorique, au politique : son souci premier n’était pas les idées mais la volonté et l’action ; (3) une analyse rationnelle de l’état du monde en 1936.

Le peuple d’Orwell, John Crowley & S. Romi Mukherjee
La référence au « peuple » est omniprésente dans l’œuvre d’Orwell, aussi bien dans ses romans que dans ses essais et articles. Une certaine idée du « peuple » est sous-jacente à ses nombreuses remarques sur des entités collectives plus concrètes comme la classe ouvrière ou la classe moyenne, ou sur des figures représentatives comme le travailleur, l’homme de la rue ou « celui qui gagne cinq livres par semaine », ou encore sur des notions comme celles de décence commune et de sens commun.
Pourtant, loin d’être systématique ou même cohérent, le populisme politique d’Orwell est avant tout un espace conflictuel, un espace de lutte. Cette lutte résulte de son refus d’invoquer un « peuple » abstrait, messianique et utopique, et de son attention constante aux hommes et aux femmes tels qu’ils sont, à leurs odeurs, leurs angoisses, leur laideur et leurs espoirs. Cette lutte représente bel et bien la tentative opiniâtre d’Orwell pour affronter l’impossibilité apparente d’une conscience politique véritable.

George Orwell et la question palestinienne, Giora Goodman
Cet article analyse l’attitude de George Orwell vis-à-vis du sionisme et de la question palestinienne – un sujet qui, aujourd’hui comme de son vivant, n’est pas sans susciter émotions et controverses au sein des milieux de gauche. Si quelques études ont été publiées sur son attitude par rapport aux Juifs et à l’antisémitisme, il reste que sa position sur la question palestinienne mérite qu’on y regarde de plus près, principalement pour deux raisons. Premièrement, sur ce sujet comme sur d’autres, les opinions d’Orwell – où domine l’antisionisme – le plaçaient en porte-à-faux par rapport à beaucoup d’intellectuels de gauche de son époque, qui comptaient pour certains parmi ses amis les plus proches, et pour d’autres parmi ses alliés politiques. D’autre part, il a exprimé ces opinions alors que le conflit palestinien connaissait une véritable flambée en cette dernière décennie du mandat britannique – moment historique clef dont, faut-il le rappeler, les conséquences se font sentir aujourd’hui encore.

L’anticolonialisme de George Orwell et Bertrand Russell, Olivier Esteves
Je propose d’étudier ici la pensée anticolonialiste de ces deux intellectuels, en prenant en compte le contexte historique dans lequel chacun d’eux a ­évolué : en effet, si Russell a été témoin de la guerre des Boers (1899–1902) avant de pourfendre, une soixantaine d’années plus tard et notamment pendant sa période dite « guévariste », l’impérialisme américain au Vietnam, l’anticolonialisme d’Orwell s’est surtout nourri de son expérience en Birmanie (1922–1927) et de celle des années 1920 et 1930, avant qu’il puisse assister, au soir de sa vie, à la partition de l’Inde (1947). On n’oubliera pas que, malgré toutes les affinités qui seront relevées, la question de l’Empire est proprement centrale chez Orwell, tandis qu’elle se trouve, chez Russell, en quelque sorte subsumée dans une réflexion plus générale sur des questions aussi diverses que la technologie et l’industrialisme, le libre-échange, les droits de l’homme, la nature du pouvoir, la démocratie et l’internationalisme.

La fabrication d’une icône : « Orwell l’européen », Christophe Le Dréau
Au mois de janvier 1947, la rédaction de Partisan Review envoie une ­proposition éditoriale à quelques auteurs qui incarnent la gauche anti­stalinienne : Arthur Koestler, James Burnham, Granville Hicks, Arthur Schlesinger, Victor Serge et George Orwell. Elle leur demande d’y ­répondre sous la forme de contributions qui sont toutes publiées sous un titre ­identique, « The Future of Socialism ».
Au-delà du sous-titre « Toward European Unity », à première vue sans ambiguïté et qui résonne comme un programme, le contenu de l’article d’Orwell est assez problématique. Il défend avant tout le socialisme et George Orwell s’y montre assez critique à l’égard de l’Europe : s’il approuve le slogan « États-Unis d’Europe », il ne croit absolument pas à sa réalisation ; c’est pour lui un beau rêve, un slogan parfait mais utopique. Donc, si l’unité européenne pourrait être un moyen, elle n’est en aucun cas une fin. L’unité européenne n’est pas bonne en soi ; elle serait bonne si elle devenait le moyen d’imposer le socialisme démocratique en Europe.

French Orwellians ? La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, François Bordes
Dans l’étrange et spectaculaire reconnaissance de la figure d’Orwell, le patient travail de lecture et d’interprétation, les enquêtes minutieuses que peuvent mener les historiens et les philosophes avec leurs modestes moyens restent d’une évidente nécessité. À son échelle, le présent article propose d’apporter quelques éléments sur la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, de 1945 à 1948. Il espère ainsi éclairer un peu cette « énigme » que constitue la situation longtemps faite en France à cette œuvre majeure.
Existe-t-il un courant orwellien en France ? George Orwell, cette grande « conscience politique du XXe siècle », a longtemps été méconnu en France où son œuvre fut le plus souvent réduite à 1984. Ce n’est qu’à partir du « moment antitotalitaire » des années 1970 et du chantier éditorial lancé par les éditions Champ libre que la situation d’Orwell s’est réellement « débloquée ». Il faut donc repartir de ce moment-là.

Un peu partout avec G. Orwell, interview de George Orwell par William G. Corp

HISTOIRE RADICALE

Lewis Mumford, philosophe de l’environnement, présentation par Charles Jacquier

Pour une technologie démocratique, Lewis Mumford

Lewis Mumford, un écologiste nord-américain oublié, Ramachandra Guha
En ligne : http://atheles.org/agone/revueagone/agone45/
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Titre : 45 - Orwell, entre littérature et politique
Type de document : texte imprimé
Auteurs : Olivier Esteves, Directeur de publication ; Jean-Jacques Rosat, Directeur de publication
Année de publication : 2011
Importance : 1 vol. (211 p.)
Format : 21 cm
Langues : Français (fre)
Catégories : 0(082) Critique / extrait document / citations
329.14(091) Histoire des partis de gauche, du socialisme
929 Orwell, George (1903-1950)
Index. décimale : 929 Biographies
Résumé : Numéro issu du premier colloque consacré à George Orwell en France, à l’université de Lille III, en mars 2010 : « Orwell, une conscience politique du XXe siècle ».

Orwell n’a peut-être pas été ce prophète que d’aucuns aimeraient voir en lui, mais sa critique de la gauche offre toujours une base à partir de laquelle repenser la crise des gauches contemporaines. L’honnêteté sans faille de cette critique, la haine de tout ce qui prend l’apparence du politique en éludant les vraies questions ne nécessitent qu’un léger ajustement aujourd’hui.
Ce qui mérite d’être ravivé, dans ce monde mielleux de tolérance, de réforme modeste et de gauche « propre sur elle », c’est la colère qu’Orwell puisait dans sa haine de l’indécence. La disparition des pauvres et des parias du discours politique montre que la gauche, au bout du compte, accepte les distinctions de classe. Il nous faut réapprendre auprès d’Orwell cette décence qui naît de la colère : son indignation face à l’état du monde, mais également face aux excès des intellectuels de gauche, qui, à bien des égards, ont l’indécence d’ignorer le « peuple » et ses contradictions.
Note de contenu : SOMMAIRE

Orwell le moderniste, Patricia Rae
Comme John Rodden nous l’a rappelé dans un livre novateur publié en 1989 sur la réputation de George Orwell, quantité d’étiquettes lui ont été appliquées : « La Voix de la Vérité », « le Rebelle », « l’Homme ordinaire », « le Prophète », « l’Homme vertueux », ou encore « le Saint ». Les critiques en ont ajouté une myriade d’autres, souvent contradictoires en apparence : le Socialiste, le Libéral, le Conservateur, l’Anarchiste Tory. Dans cet article, je me propose d’ajouter à cette liste une épithète qui pourrait même réconcilier certaines de ces appellations contradictoires : le Moderniste. Selon moi, Orwell a sa place aux côtés d’auteurs comme Joseph Conrad, James Joyce, T.S. Eliot, T.E. Hulme et Ezra Pound, qui sont autant de figures canoniques du modernisme littéraire anglo-américain.

Ni anarchiste ni tory. Orwell et « la révolte intellectuelle », Jean-Jacques Rosat
Qu’est-ce qui a détourné Orwell de l’anticonformisme de droite d’un Swift ou d’un Waugh, un destin politique qui était particulièrement probable étant donné ses origines sociales, son éducation, et ce qu’il était à dix-huit ans ? (On se souvient du portrait qu’il a rétrospectivement tracé de lui-même : « À dix-sept, dix-huit ans, j’étais à la fois un petit snob poseur et un révolutionnaire. Je n’hésitais pas à me parer de la qualité de “socialiste”, mais il m’était toujours impossible de me représenter les ouvriers comme des êtres humains. J’ai l’impression d’avoir passé une moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste, et l’autre moitié à pester contre les receveurs d’autobus. »)
À mon avis, trois choses au moins l’ont détourné de cette trajectoire : (1) un ensemble de sentiments moraux et sociaux égalitaires, profondément enracinés dans sa propre expérience ; (2) un rapport politique, et non intellectuel ou théorique, au politique : son souci premier n’était pas les idées mais la volonté et l’action ; (3) une analyse rationnelle de l’état du monde en 1936.

Le peuple d’Orwell, John Crowley & S. Romi Mukherjee
La référence au « peuple » est omniprésente dans l’œuvre d’Orwell, aussi bien dans ses romans que dans ses essais et articles. Une certaine idée du « peuple » est sous-jacente à ses nombreuses remarques sur des entités collectives plus concrètes comme la classe ouvrière ou la classe moyenne, ou sur des figures représentatives comme le travailleur, l’homme de la rue ou « celui qui gagne cinq livres par semaine », ou encore sur des notions comme celles de décence commune et de sens commun.
Pourtant, loin d’être systématique ou même cohérent, le populisme politique d’Orwell est avant tout un espace conflictuel, un espace de lutte. Cette lutte résulte de son refus d’invoquer un « peuple » abstrait, messianique et utopique, et de son attention constante aux hommes et aux femmes tels qu’ils sont, à leurs odeurs, leurs angoisses, leur laideur et leurs espoirs. Cette lutte représente bel et bien la tentative opiniâtre d’Orwell pour affronter l’impossibilité apparente d’une conscience politique véritable.

George Orwell et la question palestinienne, Giora Goodman
Cet article analyse l’attitude de George Orwell vis-à-vis du sionisme et de la question palestinienne – un sujet qui, aujourd’hui comme de son vivant, n’est pas sans susciter émotions et controverses au sein des milieux de gauche. Si quelques études ont été publiées sur son attitude par rapport aux Juifs et à l’antisémitisme, il reste que sa position sur la question palestinienne mérite qu’on y regarde de plus près, principalement pour deux raisons. Premièrement, sur ce sujet comme sur d’autres, les opinions d’Orwell – où domine l’antisionisme – le plaçaient en porte-à-faux par rapport à beaucoup d’intellectuels de gauche de son époque, qui comptaient pour certains parmi ses amis les plus proches, et pour d’autres parmi ses alliés politiques. D’autre part, il a exprimé ces opinions alors que le conflit palestinien connaissait une véritable flambée en cette dernière décennie du mandat britannique – moment historique clef dont, faut-il le rappeler, les conséquences se font sentir aujourd’hui encore.

L’anticolonialisme de George Orwell et Bertrand Russell, Olivier Esteves
Je propose d’étudier ici la pensée anticolonialiste de ces deux intellectuels, en prenant en compte le contexte historique dans lequel chacun d’eux a ­évolué : en effet, si Russell a été témoin de la guerre des Boers (1899–1902) avant de pourfendre, une soixantaine d’années plus tard et notamment pendant sa période dite « guévariste », l’impérialisme américain au Vietnam, l’anticolonialisme d’Orwell s’est surtout nourri de son expérience en Birmanie (1922–1927) et de celle des années 1920 et 1930, avant qu’il puisse assister, au soir de sa vie, à la partition de l’Inde (1947). On n’oubliera pas que, malgré toutes les affinités qui seront relevées, la question de l’Empire est proprement centrale chez Orwell, tandis qu’elle se trouve, chez Russell, en quelque sorte subsumée dans une réflexion plus générale sur des questions aussi diverses que la technologie et l’industrialisme, le libre-échange, les droits de l’homme, la nature du pouvoir, la démocratie et l’internationalisme.

La fabrication d’une icône : « Orwell l’européen », Christophe Le Dréau
Au mois de janvier 1947, la rédaction de Partisan Review envoie une ­proposition éditoriale à quelques auteurs qui incarnent la gauche anti­stalinienne : Arthur Koestler, James Burnham, Granville Hicks, Arthur Schlesinger, Victor Serge et George Orwell. Elle leur demande d’y ­répondre sous la forme de contributions qui sont toutes publiées sous un titre ­identique, « The Future of Socialism ».
Au-delà du sous-titre « Toward European Unity », à première vue sans ambiguïté et qui résonne comme un programme, le contenu de l’article d’Orwell est assez problématique. Il défend avant tout le socialisme et George Orwell s’y montre assez critique à l’égard de l’Europe : s’il approuve le slogan « États-Unis d’Europe », il ne croit absolument pas à sa réalisation ; c’est pour lui un beau rêve, un slogan parfait mais utopique. Donc, si l’unité européenne pourrait être un moyen, elle n’est en aucun cas une fin. L’unité européenne n’est pas bonne en soi ; elle serait bonne si elle devenait le moyen d’imposer le socialisme démocratique en Europe.

French Orwellians ? La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, François Bordes
Dans l’étrange et spectaculaire reconnaissance de la figure d’Orwell, le patient travail de lecture et d’interprétation, les enquêtes minutieuses que peuvent mener les historiens et les philosophes avec leurs modestes moyens restent d’une évidente nécessité. À son échelle, le présent article propose d’apporter quelques éléments sur la réception d’Orwell en France à l’aube de la guerre froide, de 1945 à 1948. Il espère ainsi éclairer un peu cette « énigme » que constitue la situation longtemps faite en France à cette œuvre majeure.
Existe-t-il un courant orwellien en France ? George Orwell, cette grande « conscience politique du XXe siècle », a longtemps été méconnu en France où son œuvre fut le plus souvent réduite à 1984. Ce n’est qu’à partir du « moment antitotalitaire » des années 1970 et du chantier éditorial lancé par les éditions Champ libre que la situation d’Orwell s’est réellement « débloquée ». Il faut donc repartir de ce moment-là.

Un peu partout avec G. Orwell, interview de George Orwell par William G. Corp

HISTOIRE RADICALE

Lewis Mumford, philosophe de l’environnement, présentation par Charles Jacquier

Pour une technologie démocratique, Lewis Mumford

Lewis Mumford, un écologiste nord-américain oublié, Ramachandra Guha
En ligne : http://atheles.org/agone/revueagone/agone45/
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détailDocument: texte imprimé Orwell ou Le pouvoir de la vérité / James Conant
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Orwell ou Le pouvoir de la vérité [texte imprimé] / James Conant, Auteur ; Jean-Jacques Rosat, Traducteur . - Marseille : Agone, impr. 2012 . - 1 vol. (182 p.) ; 21 cm.
ISBN : 978-2-7489-0142-9
Index
Langues : Français (fre) Langues originales : Anglais (eng)
Catégories : 0(082) Critique / extrait document / citations
1 Philosophie Psychologie
321.6 Régime autoritaire / Dictature / Gouvernement non démocratique / Totalitarisme
321.7 Démocratie / Démocratisation
342.7 Droits humains Droits de l'Homme. Droits fondamentaux
929 Orwell, George (1903-1950)
Index. décimale : 929 Biographies
Résumé : Site éditeur :
Pour Orwell, « le concept de vérité objective est celui de quelque chose qui existe en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment ». Le plus effrayant dans le totalitarisme n’est pas qu’il commette des « atrocités » mais qu’il s’attaque à ce concept. Pourtant, cette perspective d’un monde d’où l’idée de vérité objective aurait disparu n’effraie guère la plupart des intellectuels de gauche. Qu’ils se réclament de Rorty le « libéral » ou de Foucault le « subversif », ils y travaillent activement en proclamant que ces idées sont dépassées, dogmatiques et finalement réactionnaires.
Cet essai montre que « préservation de la liberté et préservation de la vérité représentent une seule et indivisible tâche, commune à la littérature et à la politique ». Celle-ci ne présuppose aucun postulat métaphysique mais seulement la reconnaissance du rôle fondamental que joue dans nos vies le concept commun et ordinaire de « vérité ».
De tels débats ne sont pas « purement philosophiques ». O’Brien, le dirigeant politique qui torture méthodiquement le héros de 1984, n’est pas un colonel parachutiste mais un philosophe cultivé, ironiste et courtois, professant qu’il n’y a pas de réalité objective et que « tout est construit ».

Tel qu’Orwell l’emploie, le terme « totalitarisme » désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui visent « l’abolition de la liberté de pensée jusqu’à un degré inconnu dans les époques antérieures » – stratégies qui sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et de sentiments humains. L’usage orwellien de ce terme ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans (ce que les journalistes américains s’empressent d’appeler) les « pays totalitaires », mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne. « On n’a pas besoin de vivre dans un pays totalitaire pour être corrompu par le totalitarisme. La prédominance de certaines idées peut, à elle seule, répandre une sorte de poison. »
Le roman d’Orwell s’emploie tout autant à décrire le capitalisme britannique qu’à « redécrire » la Russie soviétique. Outre le fait évident que 1984 est situé en Grande-Bretagne, de nombreux aspects du monde qu’il dépeint indiquent clairement qu’il est conçu comme un développement futur du capitalisme britannique (tel qu’Orwell en dresse le tableau dans ses écrits non romanesques des années 1930 et 1940), et non comme un développement futur de la Russie stalinienne. Ainsi, dans le monde de 1984, la vie des prolétaires anglais continue sous bien des aspects de ressembler de près à celle du « peuple anglais ordinaire » en 1941, telle du moins qu’Orwell la caractérise dans Le Lion et la Licorne. Le prolétaire est plus ou moins libre de faire ce qui lui plaît, du moment qu’il reste politiquement apathique, sert de rouage dans l’économie et baigne suffisamment dans la ferveur patriotique pour servir de chair à canon dans la machine de guerre. La principale cible de l’asservissement intellectuel dans le monde de 1984, ce sont les membres du Parti, une minorité de la population. Le roman décrit des tendances (dont des pratiques comme le « contrôle de la réalité » et la surveillance du « crimepensée » sont l’aboutissement) que, dans les années 1930, Orwell avait déjà vues à l’œuvre dans l’élite intellectuelle anglaise (de gauche comme de droite).
On perd l’objectif de cette redescription si l’on n’arrive pas à comprendre que, pour l’auteur, le triomphe de certaines idées représente une perspective qu’il croit réalisable n’importe où, qu’il juge évitable, et qu’il trouve véritablement effrayante. « Je ne crois pas que le type de société que je décris arrivera nécessairement, mais je crois (compte tenu, bien entendu, du fait que ce livre est une satire) que quelque chose qui y ressemble pourrait arriver. Je crois également que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits des intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. L’action du livre se déroule en Grande-Bretagne, pour souligner que les peuples de langue anglaise ne sont pas par nature meilleurs que les autres, et que le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, pourrait triompher partout. » Avec 1984, Orwell imagine « à quoi ressemblerait un monde où toute pensée serait vraiment l’expression de l’idéologie de la classe dominante. […] À quoi cela ressemblerait-il vraiment d’écrire sur le passé et le présent s’il en allait réellement ainsi ? »

***

« Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation vague que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des soldats, qui avaient bravement combattu, dénoncés comme des lâches et des traîtres, et d’autres, qui n’avaient jamais essuyé un coup de feu, salués comme les héros de victoires imaginaires ; j’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés construire des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. […] Ce genre de chose m’effraie car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en passe de disparaître du monde. » Pendant la guerre civile espagnole, les intellectuels britanniques avaient certaines croyances sur ce qui se passait en Espagne et attachaient une grande importance aux événements sur lesquels elles portaient. Beaucoup ont agi selon ces croyances, et certains en sont morts. La dimension totalitaire de la situation était fonction, d’une part, de la détermination loyale de ces intellectuels à ne croire que les comptes rendus accrédités par leurs partis politiques respectifs, et, d’autre part, de la détermination inflexible de ces partis à n’admettre que les comptes rendus des événements d’Espagne qui politiquement leur convenaient.
On se trouvait donc dans la situation suivante : les croyances de ces intellectuels n’avaient de compte à rendre qu’eu égard aux normes par lesquelles on arrivait dans leur parti à un large consensus ; mais les moyens par lesquels on arrivait à ce consensus n’avait aucun compte à rendre eu égard à ce qui se passait effectivement en Espagne. Ainsi les croyances des intellectuels britanniques concernant ce qui se passait en Espagne n’avaient aucune relation avec ce qui se passait en Espagne, pas même la relation qu’implique un mensonge ordinaire. En outre, à l’époque où la guerre prit fin, les moyens par lesquels tout un chacun aurait pu découvrir ce qui s’était passé en Espagne disparurent, et, selon toute vraisemblance pour toujours.
Dès le début de 1984, Winston se dit : « Le passé n’avait pas seulement été modifié, il avait été bel et bien détruit. Comment en effet établir même le fait le plus évident quand il n’en existait plus de témoignage ailleurs que dans votre mémoire personnelle ? » En promulguant la doctrine de la mutabilité du passé et en détruisant tous les témoignages fiables, le but du Parti dans 1984 est d’accomplir, pour la totalité de l’histoire passée, ce qui, selon Orwell, devait finir selon toute vraisemblance par s’accomplir dans les faits dans le cas de l’histoire de la guerre civile espagnole. « Le risque est grand que ces mensonges, ou en tout cas des mensonges de ce genre, ne deviennent de l’histoire. […] Quoi qu’il en soit, il s’écrira bien une certaine histoire, et, une fois que tous ceux qui se souviennent vraiment de la guerre seront morts, elle sera universellement acceptée. De sorte que, en pratique, le mensonge sera devenu vérité. » Dans 1984, Winston conclut : « Le passé était effacé, l’effacement oublié et le mensonge devenait vérité. »
Note de contenu : Table des matières
Avant-propos. Le libéralisme de la vérité / Jean-Jacques Rosat

i. Introduction

ii. Le Réalisme comme genre de doctrine métaphysique

ni. La métaphysique de Rorty

iv. Entre Orwell

v. Rorty et les admirateurs d’Orwell

vi. Les grandes lignes de l’interprétation de 1984 par Rorty

vii. le totalitarisme selon Orwell

viii. Le totalitarisme de Rorty

ix. Politique & littérature

Notes de référence
Index des noms
Liste des abréviations
Permalink : https://newbibli.territoires-memoire.be/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_displa
Titre : Orwell ou Le pouvoir de la vérité
Type de document : texte imprimé
Auteurs : James Conant, Auteur ; Jean-Jacques Rosat, Traducteur
Editeur : Marseille : Agone
Année de publication : impr. 2012
Importance : 1 vol. (182 p.)
Format : 21 cm
ISBN/ISSN/EAN : 978-2-7489-0142-9
Note générale : Index
Langues : Français (fre) Langues originales : Anglais (eng)
Catégories : 0(082) Critique / extrait document / citations
1 Philosophie Psychologie
321.6 Régime autoritaire / Dictature / Gouvernement non démocratique / Totalitarisme
321.7 Démocratie / Démocratisation
342.7 Droits humains Droits de l'Homme. Droits fondamentaux
929 Orwell, George (1903-1950)
Index. décimale : 929 Biographies
Résumé : Site éditeur :
Pour Orwell, « le concept de vérité objective est celui de quelque chose qui existe en dehors de nous, quelque chose qui est à découvrir et non qu’on peut fabriquer selon les besoins du moment ». Le plus effrayant dans le totalitarisme n’est pas qu’il commette des « atrocités » mais qu’il s’attaque à ce concept. Pourtant, cette perspective d’un monde d’où l’idée de vérité objective aurait disparu n’effraie guère la plupart des intellectuels de gauche. Qu’ils se réclament de Rorty le « libéral » ou de Foucault le « subversif », ils y travaillent activement en proclamant que ces idées sont dépassées, dogmatiques et finalement réactionnaires.
Cet essai montre que « préservation de la liberté et préservation de la vérité représentent une seule et indivisible tâche, commune à la littérature et à la politique ». Celle-ci ne présuppose aucun postulat métaphysique mais seulement la reconnaissance du rôle fondamental que joue dans nos vies le concept commun et ordinaire de « vérité ».
De tels débats ne sont pas « purement philosophiques ». O’Brien, le dirigeant politique qui torture méthodiquement le héros de 1984, n’est pas un colonel parachutiste mais un philosophe cultivé, ironiste et courtois, professant qu’il n’y a pas de réalité objective et que « tout est construit ».

Tel qu’Orwell l’emploie, le terme « totalitarisme » désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui visent « l’abolition de la liberté de pensée jusqu’à un degré inconnu dans les époques antérieures » – stratégies qui sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et de sentiments humains. L’usage orwellien de ce terme ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans (ce que les journalistes américains s’empressent d’appeler) les « pays totalitaires », mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne. « On n’a pas besoin de vivre dans un pays totalitaire pour être corrompu par le totalitarisme. La prédominance de certaines idées peut, à elle seule, répandre une sorte de poison. »
Le roman d’Orwell s’emploie tout autant à décrire le capitalisme britannique qu’à « redécrire » la Russie soviétique. Outre le fait évident que 1984 est situé en Grande-Bretagne, de nombreux aspects du monde qu’il dépeint indiquent clairement qu’il est conçu comme un développement futur du capitalisme britannique (tel qu’Orwell en dresse le tableau dans ses écrits non romanesques des années 1930 et 1940), et non comme un développement futur de la Russie stalinienne. Ainsi, dans le monde de 1984, la vie des prolétaires anglais continue sous bien des aspects de ressembler de près à celle du « peuple anglais ordinaire » en 1941, telle du moins qu’Orwell la caractérise dans Le Lion et la Licorne. Le prolétaire est plus ou moins libre de faire ce qui lui plaît, du moment qu’il reste politiquement apathique, sert de rouage dans l’économie et baigne suffisamment dans la ferveur patriotique pour servir de chair à canon dans la machine de guerre. La principale cible de l’asservissement intellectuel dans le monde de 1984, ce sont les membres du Parti, une minorité de la population. Le roman décrit des tendances (dont des pratiques comme le « contrôle de la réalité » et la surveillance du « crimepensée » sont l’aboutissement) que, dans les années 1930, Orwell avait déjà vues à l’œuvre dans l’élite intellectuelle anglaise (de gauche comme de droite).
On perd l’objectif de cette redescription si l’on n’arrive pas à comprendre que, pour l’auteur, le triomphe de certaines idées représente une perspective qu’il croit réalisable n’importe où, qu’il juge évitable, et qu’il trouve véritablement effrayante. « Je ne crois pas que le type de société que je décris arrivera nécessairement, mais je crois (compte tenu, bien entendu, du fait que ce livre est une satire) que quelque chose qui y ressemble pourrait arriver. Je crois également que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits des intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. L’action du livre se déroule en Grande-Bretagne, pour souligner que les peuples de langue anglaise ne sont pas par nature meilleurs que les autres, et que le totalitarisme, s’il n’est pas combattu, pourrait triompher partout. » Avec 1984, Orwell imagine « à quoi ressemblerait un monde où toute pensée serait vraiment l’expression de l’idéologie de la classe dominante. […] À quoi cela ressemblerait-il vraiment d’écrire sur le passé et le présent s’il en allait réellement ainsi ? »

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« Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation vague que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des soldats, qui avaient bravement combattu, dénoncés comme des lâches et des traîtres, et d’autres, qui n’avaient jamais essuyé un coup de feu, salués comme les héros de victoires imaginaires ; j’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés construire des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. […] Ce genre de chose m’effraie car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en passe de disparaître du monde. » Pendant la guerre civile espagnole, les intellectuels britanniques avaient certaines croyances sur ce qui se passait en Espagne et attachaient une grande importance aux événements sur lesquels elles portaient. Beaucoup ont agi selon ces croyances, et certains en sont morts. La dimension totalitaire de la situation était fonction, d’une part, de la détermination loyale de ces intellectuels à ne croire que les comptes rendus accrédités par leurs partis politiques respectifs, et, d’autre part, de la détermination inflexible de ces partis à n’admettre que les comptes rendus des événements d’Espagne qui politiquement leur convenaient.
On se trouvait donc dans la situation suivante : les croyances de ces intellectuels n’avaient de compte à rendre qu’eu égard aux normes par lesquelles on arrivait dans leur parti à un large consensus ; mais les moyens par lesquels on arrivait à ce consensus n’avait aucun compte à rendre eu égard à ce qui se passait effectivement en Espagne. Ainsi les croyances des intellectuels britanniques concernant ce qui se passait en Espagne n’avaient aucune relation avec ce qui se passait en Espagne, pas même la relation qu’implique un mensonge ordinaire. En outre, à l’époque où la guerre prit fin, les moyens par lesquels tout un chacun aurait pu découvrir ce qui s’était passé en Espagne disparurent, et, selon toute vraisemblance pour toujours.
Dès le début de 1984, Winston se dit : « Le passé n’avait pas seulement été modifié, il avait été bel et bien détruit. Comment en effet établir même le fait le plus évident quand il n’en existait plus de témoignage ailleurs que dans votre mémoire personnelle ? » En promulguant la doctrine de la mutabilité du passé et en détruisant tous les témoignages fiables, le but du Parti dans 1984 est d’accomplir, pour la totalité de l’histoire passée, ce qui, selon Orwell, devait finir selon toute vraisemblance par s’accomplir dans les faits dans le cas de l’histoire de la guerre civile espagnole. « Le risque est grand que ces mensonges, ou en tout cas des mensonges de ce genre, ne deviennent de l’histoire. […] Quoi qu’il en soit, il s’écrira bien une certaine histoire, et, une fois que tous ceux qui se souviennent vraiment de la guerre seront morts, elle sera universellement acceptée. De sorte que, en pratique, le mensonge sera devenu vérité. » Dans 1984, Winston conclut : « Le passé était effacé, l’effacement oublié et le mensonge devenait vérité. »
Note de contenu : Table des matières
Avant-propos. Le libéralisme de la vérité / Jean-Jacques Rosat

i. Introduction

ii. Le Réalisme comme genre de doctrine métaphysique

ni. La métaphysique de Rorty

iv. Entre Orwell

v. Rorty et les admirateurs d’Orwell

vi. Les grandes lignes de l’interprétation de 1984 par Rorty

vii. le totalitarisme selon Orwell

viii. Le totalitarisme de Rorty

ix. Politique & littérature

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